Henry VI de Shakespeare – théâtre de l’Odéon par la piccola familia

  « J’ai vu Henry IV en entier » au théâtre de l’Odéon en ce joli mois de mai.

Avec un peu de retard, je vais moi aussi tenter de partager mes impressions de cette expérience.

Commençons par ce que j’ai aimé (j’ai j’aimé beaucoup).

– Le coté saga, version longue, marathon, long fleuve, bref, la durée : d’une façon générale, j’ai toujours aimé plonger dans une histoire pour un long moment. Au collège, j’ai dévoré nuit après nuit les Rougons Macquart, depuis La Fortune des Rougon jusqu’au Docteur Pascal ; encore aujourd’hui j’aime les cycles, ou les séries et je suis capable de lire un week-end complet (malheureusement la semaine de travail m’oblige à m’arrêter…). Au cinéma et à la télévision aussi, j’aime la plongée en eaux profondes : enchaîner les trois épisodes en version longue du Seigneur des anneaux, m’enfiler tous les Harry Potter, regarder des saisons entières de séries télévisées… Alors au théâtre, c’est encore mieux ! Car cette traversée, elle se fait à plusieurs. Alors on se parle en voisins de fauteuil (même pour une introvertie comme moi), on échange sur twitter nos impressions… Et pas seulement avec les autres spectateurs, mais avec les personnages, les comédiens, les techniciens dans l’ombre et la lumière.

– L’esprit de troupe : finalement, on le ressent peu je trouve dans les « grands » théâtre, ou dans le théâtre professionnel parisien en général. La piccola familia, pas si piccola que ça, on la sent sur scène. C’est difficile à décrire, mais c’est extrêmement différent d’une pièce où les comédiens ont été castés uniquement pour ce projet, avec répétitions pendant 1 ou 2 mois, tournée et puis au revoir. Et ça, je n’ai pas aimé, j’ai adoré.

– La scénographie : notamment le travail des lumières, tout simplement splendide. Mais aussi cet échafaudage mulitforme et multiusages. Il y a aussi cette mise en valeur des techniciens qui sont quasi chorégraphiés, jusque dans la façon de manipuler les cordages (je ne connais pas le terme technique précis) pour lever ou baisser des pendrillons. Les chorégraphies de batailles. Les quelques tableaux saisissants (liste non exhaustive et dans le désordre) comme : l’enterrrement d’Henry V, le bûcher de Jeanne d’Arc, la pénitence de Lady Eléonore, femme de Gloucester, la bataille de St Albans, la mort de Winchester, les trois fils d’York après la bataille… Esthétiquement, c’est un mélange de simplicité et de force, et ça fonctionne totalement, en tous cas pour moi.

http://www.lapiccolafamilia.fr/wp-content/uploads/2014/07/HenryVI_8.jpg http://www.culturopoing.com/wp-content/uploads/2015/05/henry_vi_14.jpghttp://www.culturopoing.com/wp-content/uploads/2015/05/henry_vi_8.jpg

– Les comédiens : malgré, ou peut être grâce à, l’esprit de troupe et la répartition très équilibrée des rôles puisque tout un chacun joue plusieurs personnages, je dois avouer que j’ai eu mes coups de coeur. Manon Thorel (que ce soit en Rapshode, Lucy, maire de Londres ou princesse Bonne), Flora Diguet superbe Jeanne la pucelle, Pier Lamandé et son acolyte Gilles Chabrier en père et fils valeureux (Salisbury et Warwick), Thomas Germaine en roi dépassé et perdu dans son idéal de paix, Bruno Bayeux en Winchester tour à tour hilarant, et terrible dans sa chute, Anne Dupuis Lady Eléonore, Eric Challier qui campe un duc d’York magnifique, sans oublier Thomas Jolly, qui progressivement amène son Richard III de façon magistrale (j’ai notamment adoré ses derniers monologues, annonciateurs de la suite).

Twitter avec les personnages : je l’avoue, le coté « geek » a parlé à la geekette en moi. Je me suis amusée comme une gamine à échanger des dialogues avec @charlesledosfin, @winchesterkiki, #teamYork ou #teamWarwick, @EdouardIV et @ducdegloucester

tweet henryvi     tweet HVI

 

– La musique de Clément Mirguet et les costumes créés par Sylvette Dequest et Marie Bramsen

Bref, j’ai aimé plein de choses.

Mon seul petit bémol, serait que oui, c’est vrai, il y a des moments inégaux, mais peut-on demander d’être toujours tout le temps non stp ébloui pendant deux fois 9h ? Et, oui, par moments, j’ai trouvé que « ça criait » un peu beaucoup et il m’a fallu fournir des efforts particuliers pour comprendre le texte de Geoffrey Carey, malgré ses efforts et son jeu très bon.Mais franchement, comparé à la liste de ce que j’ai aimé, et compte tenu du fait que j’y suis retournée pour y emmener ma fille à 10 jours d’intervalle, je crois qu’au bilan, on peut dire que ça a été une expérience théâtrale top. Qui m’a ramenée comme je l’ai dit sur un tweet à mes premiers coup de poings théâtraux qu’ont été Le Bourgeois gentilhomme par Jérôme Savary et toutes les mises en scène de son Magic Circus et son Cyrano avec Jacques Weber ou encore L’Echange de Claudel par Vitez.


Alors j’ai hâte maintenant de voir Richard III qui porte de si belles promesses…