Les Misérables d’après Victor Hugo – Avignon 2015

Les Misérables - Gavroche » Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »

La compagnie Karyatides a choisi de commencer et de finir son adaptation de Misérables par la révolte de ces même misérables. Ce qui place le roman de Victor Hugo dans un contexte complètement contemporain. On pense aux indignés, à la Grèce, à tout se qui peut se passer dans notre monde aujourd’hui.

C’est pour cela aussi qu’elles ont choisi de nous parler essentiellement de Valjean (« dégradation de l’homme par le prolétariat ») et Fantine (« déchéance de la femme par la faim »), tous deux touchés par la damnation sociale et reliés pas Cosette, celle qui aura la chance de sortir de la fatalité. Autre figure attendue et retenue par les Karyatides : Gavroche (« l’atrophie de l’enfant par la nuit »), magnifiquement interprété par Marie Delhaye.

Nous assistons à cette grande épopée avec le bonheur de l’enfance. Celle où l’on fait comme si avec tout et rien. Oui une simple boîte à gâteau peut se transformer en auberge sur la route. Oui un bout de chiffon rouge est à la fois drapeau révolutionnaire tet sang qui coule. Oui avec un manteau de poupée aimanté et un gant noir sur une main, on peut convoquer l’impitoyable Javert et toute son intransigeance.

Mais il ne faut pas s’y tromper. Cette simplicité n’est qu’apparente. Le dispositif, que dis-je, les dispositifs scéniques sont ingénieux et merveilleusement bien pensés. La course poursuite Valjean-Javert sur la « table à jouer » en est un bel exemple. Et il laisse aussi la part belel aux deux comédiennes, qui loin de s’effacer derrière les marionnettes jouent avec elles, avec force et justesse.

Mesdames, avec vos poupées, vous m’avez fait pleurer et vous avez fait pleurer mes filles. Pas une seconde vous ne nous avez lâchées et nous sommes restées suspendues  vos lèvres tout du long. Mille merci à vous.